samedi 8 novembre 2008

La HALDE épingle les discriminations dans les manuels scolaires

Au lendemain de l'élection de Barack Obama Président des États-Unis d'Amérique, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité – HALDE – vient de publier un intéressant rapport sur les discriminations et les stéréotypes dans les manuels scolaires.

Réalisée par des chercheurs* de l'université Paul Verlaine à Metz entre mars 2007 et juin 2008, l'étude analyse 3.097 représentations de la société provenant de 29 manuels scolaires de collège et de lycée, toutes disciplines confondues.

Cinq types de discrimination y sont clairement repérées.
Par ordre d'importance :

¶ – Les discriminations sexistes arrivent loin devant. Là où la Halde ne voit que des 'stéréotypes' (sic) j'observe plutôt des archaïsmes vieux de 20 ans au moins... Discrimination au travail : trop souvent encore, seules les femmes sont représentées à la maison, occupées à des tâches domestiques, quand les hommes travaillent. Les représentations inverses semblent introuvables.

Les chiffres sont indiscutables : 1.046 illustrations en milieu professionnel représentent des hommes quand seulement 341 illustrations représentent des femmes ! Et quand les femmes sont représentées professionnellement, elles occupent généralement des postes moins valorisants que ceux occupés par les hommes. Exemples typiques : le chirurgien et l'infirmière, le patron et la secrétaire, etc.

¶ – Les discriminations sur les origines semblent avoir la peau dure également. Les personnes d'origine étrangère sont plus fréquemment montrées dans des situations dévalorisantes ou de pauvreté. Et lorsque les manuels de géographie explorent le Monde, les situations de pauvreté ou de famine sont trop rarement contrebalancées par des situations de modernité, de développement et de réussite.

¶ – Les représentations du handicap brillent par leur absence, ce qui constitue une discrimination de fait. Les chiffres sont consternants : sur les 3.097 représentations étudiées, 25 seulement figurent des personnes en situation de handicap !

Et sur ces 25 illustrations seulement, plus de la moitié illustrent précisément le handicap : 12 représentations illustrent des pathologies à l'origine du handicap dans les manuel de SVT et 4 représentations illustrent... les Jeux para-olympiques !

Il reste donc à peine 9 représentations du handicap (sur 3.097...) dans des situations de vie quotidienne. Seule une approche scientifique et statistique pouvait mettre en lumière ce genre de problème. Comment favoriser l'intégration des personnes handicapées si les représentations du handicap sont totalement absentes des manuels scolaires ?

¶ – De la même façon, les 'séniors' (terme employé par la Halde) sont souvent associés à les problèmes de santé, d'isolement, de défiscience physique et d'inactivité, laissant à l'écart les représentations possibles de leur expérience, de leur engagement citoyen, bénévole ou même de leur rôle familial...

¶ – La dernière discrimination pointée est celle de l'orientation sexuelle. Sur les 3.097 représentations, aucune n'évoquerait l'homosexualité dans une situation de la vie quotidienne. La seule illustration concerne la Gay Pride. Pour consolider cette observation, il faudrait en toute logique dénombrer les représentations de l'hétérosexualité parmi les 3.097 illustrations, ce qui semble difficile à faire, évidemment.

Je laisse la conclusion à Louis Schweitzer, président de la Halde, lors d'une conférence de presse à Paris avant-hier :

Les manuels scolaires sont un domaine important pour en finir avec les discriminations car c'est là que les enfants reçoivent l'image que leur projette la société. (...)

On sait tous que les stéréotypes durent et ce que nous voulons, c'est un rythme de changement accéléré à l'image de ce qui se passe aux Etats-Unis, a-t-il confié. Dire que « le temps résoudra les problèmes » est une réponse inacceptable. (...)

Au même titre que la série télévisée américaine "24 heures Chrono" qui a montré un président des Etats-Unis noir quelques années avant qu'il n'y ait un candidat noir à la Maison Blanche, les manuels scolaires doivent être en avance sur le passé et faire apparaître comme normale l'égalité. (...)



12 commentaires:

  1. Pierre,je me suis permis un petit complément à ton texte sur la Mécanique de l'Orange, dans lequel bien sûr tu y es en référence.

    http://lamecaniquedelorange.hautetfort.com/

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  2. Il reste des murs à faire tomber, c'est sûr.

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  3. C'est ce qui s'appelle le conditionnement.

    Les enfants (et non seulement) sont conditionnés par les normes qu'on leur donnent.

    Où est la normalité? Est ce que c'est normal qu'un noir devienne président? Est ce que c'est normal qu'une femme soit PDG? Est ce que c'est normal qu'un homme passe l'aspirateur?

    Il convient dans ce sens de se pencher sur ce que nous souhaitons faire passer comme valeurs, j'ai nommé entre autres "l'égalité". Est ce qu'un homosexuel est un citoyen qui a les même droits et devoirs qu'un hétérosexuel?

    Voilà qui nous amène à nous pencher sur l'éthique.

    L'éducation est un domaine de réflexion prioritaire si nous souhaitons faire évoluer la démocratie!

    Merci Pierre pour ta veille.

    Lucia

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  4. Le sujet que tu abordes Philippe est très intéressant. C'est un tout autre sujet : le rôle de l'école dans ce qu'il faut bien appeler la 'ségrégation' urbaine et sociale – Éric Maurin euphémise en parlant de 'séparatisme' mais le résultat est le même.

    C'est une question compliquée mais passionnante aussi. C'est une question essentielle, une question clé peut-être pour tout projet politique.

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  5. @Lucia :

    J'aime bcp le mot du président de la HALDE, lorsqu'il dit que les manuels scolaires doivent être en avance sur le passé, parce qu'ils projettent l'avenir aux yeux des enfants, précisément.

    Puisque tu parles de conditionnement, n'oublions pas aussi le conditionnement des adultes : la publicité nous renvoie tous les jours des représentations sexistes de la société et au delà, des archétypes discriminants dans tous les domaines !

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  6. A Pierre,

    Comme tu le sais, la publicité est mon domaine de prédilection. Il y a de quoi dire en effet!

    Un exemple: http://fr.youtube.com/watch?v=x0cjf76pQpk

    Elle est très sympa cette pub et atteint bien sa cible (les jeuns) mais pourquoi le bonhomme jette par dessus son épaule la boite?
    C'est I-NAC-CEP-TA-BLE!

    Et lorsque je dis cela autour de moi, on me dit que je le prends trop au sérieux et qu'il me faut le prendre au second degré.

    Mais qu'apporte ce geste au message publicitaire? Rien sinon d'induire la "normalité" d'un comportement "voyou" , pollueur en l'occurrence!

    Qu'on revoit la copie et je ris de bon coeur! Cette pub n'est ni plus ni moins qu'à l'image de ce qu'il y a dans la boite finalement! Fun mais deg!

    Dans le même genre: http://fr.youtube.com/watch?v=mt_O81D2piA

    Je ne diabolise pas la publicité au contraire.. je crois beaucoup à "l'éducation civique" (entre autres) par le support publicitaire mais bon suis pas la seule.. Sarkozy aussi :-)))

    En effet, pour toucher les citoyens et surtout les plus jeunes, la publicité a le plus fort taux, comme on dit, de pénétration, une très grande capacité de segmentation des cibles souhaitées et le langage adaptable.

    Je suis entrain de travailler sur un concept nouveau en la matière. Il s'agit d'un projet de publicité participative et démocratique dont le nom de domaine sera pubetik.com.

    J'en parlerai sur ton blog quand il sera finalisé et si tu m'y invites bien entendu.

    Lucia

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  7. @ Lucia
    Société Normale => vaste sujet !
    Société Égalitaire => très vaste sujet !

    si on y joute les antinomiques :
    Société Morale <=contre=> Société Libre

    On reste ici à discuter jusqu'au premier de l'an! :o)

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  8. À Lucia :

    Publicité et éthique... vaste programme !

    En publiphobe que je suis :) j'ouvre grand les colonnes de ce blog à un tel défi !

    À très vite ;-)))

    Pierre

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  9. A Philippe,

    En effet, tu mets le doigt sur la difficulté majeure : placer le/les curseur(s)...

    c'est pourquoi, je suis d'avis lorsqu'on arrive au bout de la pelote de laine à savoir ces questions délicates d'ouvrir le collège de réflexion à des profils tels des philosophes, des artistes, des sages ou des religieux.. Des éclairages différents sont nécessaires.

    A Pierre,

    j'aime les défis.. t'as pas remarqué? ;-)

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  10. Pierre,

    Il y a quelque chose qui me dérangeait dans l'appellation qui te plaisait précisément à savoir "en avance sur le passé".

    Ca y est! Ce matin je sais pourquoi! Ptêt le syrah d'hier soir ;-)

    Ca touche à la "programmation".

    On peut en effet projeter un "idéal" et "programmer" les individus à ce qui "devrait" être.

    Mais bon, c'est ça reste du conditionnement et même si les intentions sont bonnes, c'est délicat car c'est qui qui dit ce qui est "devrait" être?

    Lucia

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