mercredi 28 octobre 2009

DCB dans le texte : « Malentendus, divergences et contradictions.»




Voici le texte envoyé hier mercredi par Daniel Cohn-Bendit à plusieurs dirigeants d'Europe-Écologie.

La convalescence m'oblige à suivre les évolutions de loin. Une pause forcée qui me permet cependant de consacrer du temps à la réflexion et à l'exploration de pistes qui, je l'espère, nous permettront de progresser...

«Europe Écologie », c'est d'une part « les Verts » avec leur structure partidaire, leur histoire et leurs pesanteurs et, d'autre part, des groupes locaux qui existent réellement -mais dont la faiblesse existe aussi faute de ne pas encore fonctionner en réseau- , des personnalités symbolisant des histoires et des sensibilités différentes de l'écologie politique, etc.

Par-delà cette approche analytique, c'est aussi et surtout une idée motrice qui consiste à rassembler, à surmonter les fractures du passé, à accroître la capacité d'attraction de l'écologie politique autour d'une redéfinition et d'une mise à jour de ses fondements-mêmes. Une posture inédite qui intègre une nouvelle approche de la politique et qui a prouvé sa viabilité!

Étant donné qu' « Europe Écologie » demeure un objet politique de facto non constitué, il fonctionne en tant qu'espace politique dont les diverses sensibilités peuvent se saisir pour se projeter dans un avenir politique totalement différent.

Notre force est aussi notre faiblesse...

Certains « Verts » paniquent à l'idée de voir émerger une force organisationnelle concurrente. Ils tentent alors de redéfinir « Europe Écologie » à leur manière : « Oui à l'ouverture mais gérée, encadrée et limitée par nous les Verts ». Une attitude qu'illustre à merveille Jean-Vincent Placé quand il se dit « preneur » de toute proposition de candidat pour l'ouverture. Autrement dit, « les Verts », personnifiés par JV Placé, « prennent » et « décident ».

Une attitude que vient indubitablement renforcer notre échec collectif à structurer les comités locaux d' « Europe Écologie », à rassembler tant les personnalités que les non-encartés et à donner à la composante non-verte d' « Europe Écologie » une quelconque réalité organisationnelle.

Le degré d'ouverture des listes régionales dépend donc essentiellement de 2 facteurs. D'un côté de l'intelligence, de la lucidité et du bon-vouloir des Verts et, de l'autre, de la capacité argumentative du canal historique d'« Europe Écologie » (Yannick Jadot, Jean-Paul Besset, Pascal Durand, José Bové et moi-même) qu'ont enrichi des personnalités et têtes de listes telles que Sandrine Bélier et Eva Joly.

Quant à la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, elle est le point cardinal raisonnable et conscient de la nécessité d'une unité d'« Europe Écologie-Les Verts ».

C'est dans cet espace politico-organisationnel ambigu et fragile que s'est inscrite l'initiative des « amis d'Europe Écologie ». Profitant du dynamisme et de la capacité relationnelle de certains -dont mon frère Gaby- , les «amis d'Europe Écologie » ont fini par s'imposer comme une composante de la galaxie d' « Europe Écologie ».

Je conçois que tout ceci soit momentanément fatigant mais, symboliquement et politiquement, c'est important car ils incarnent aussi notre capacité d'ouverture.

Les Verts dans leur ensemble voudraient que la symbolique d' « Europe Écologie » se pérennise : Jean-Marc Brulé, Michael Marie, Jean-Vincent Placé,... Les Verts, toutes tendances confondues, sont donc unanimes sur ce point.

Pourtant, le combat quotidien pour pérenniser une structure autonome d' «Europe Écologie » montre que symbolique et réel ne font pas toujours bon ménage.

Il est évident et compréhensible que les Verts s'affirment par leur Bureau exécutif, leur secrétaire nationale ou leur porte-parole, autrement dit, dans le cadre classique de la gauche plurielle. Ceci donne alors le refrain : « A gauche toute et sans MODEM! »

Or, nous affirmons l'autonomie de l'écologie politique, donc d' « Europe Écologie », en dehors de ce cadre référentiel de la gauche commune plurielle et/ou traditionaliste et rétrograde.

Ainsi, « Europe Écologie », via son canal historique, s'exprime par ses personnalités souvent sans concertation je l'avoue (Et ceci est surtout valable pour moi). Comme les Verts s'expriment pour leur part via leurs instances sans chercher le consensus dans le cadre d' « Europe Ecologie » avant de se positionner publiquement. Il est donc normal que cet état de fait soit contrebalancé par les haut-parleurs historiques. Encore une fois, qu'on aime ou non, c'est pour l'instant la seule manière d'exprimer la densité et la diversité des postions rassemblées.

Sur la question du Modem en tant que parti, c'est résolu pour le premier tour des régionales.

Par ailleurs, personne chez nous n'est favorable à une alliance partidaire au premier tour (Que ce soit avec le PS, le Modem ou le PC). Mais nous sommes tous d'accord pour ouvrir nos listes aux personnalités du PC, du Modem, de Cap 21 ou du PS qui voudraient rejoindre « Europe Écologie ».

Pour le second tour, nous devons - au plus tard fin janvier- avoir un débat public d'« Europe Écologie -les Verts » sur les alliances possibles ou nécessaires. Oui, d'après moi, « Europe Écologie » doit pour le second tour fédérer les oppositions à l'UMP autour d'un programme régional de transformation et de réformes écologiques, sociales et démocratiques.

L'avantage d'un scrutin à deux tours étant donc de partir en autonome au premier afin de rassembler l'écologie politique et de clarifier les positions pour ensuite, au second, rassembler les réformateurs en vue de former une alternative au projet de l'UMP.

« Clarifier-Rassembler » en profitant du premier tour pour amplifier le débat démocratique.

Cette démarche permet d'ancrer l'idée d'une réforme en profondeur de la République qui passerait par des régions imposant de fait une cohabitation démocratique à la France de l'UMP.

Notre projet doit être régional tout en s'affirmant dans ses dimensions nationale et européenne. Nous devons donc rédiger le plus rapidement possible un manifeste régional déclinant la cohésion de nos élaborations politiques aux niveaux européen, national et régional. Notre manifeste devra franchement s'ouvrir sur le monde pour assumer nos responsabilités à l'échelle planétaire.

En conclusion.

Dans chaque région, des personnalités régionales et/ou nationales (non-encartées chez les Verts) d' « Europe Écologie devront évaluer, région par région, les candidatures non-vertes et préparer l'agencement des listes. Aucune composante, qu'elle soit verte ou non, n'aura le droit de veto sur l'autre.

Ainsi, les têtes de listes désignées deviendront les médiateurs et les animateurs chargés de garantir les équilibres de l'ouverture.

De ceci découle que nos listes pour les régionales devront respecter l'intitulé « Europe Écologie-Les Verts » + Le nom de la région »: « Europe Écologie-Les Verts-Ile de France », « Europe Écologie-Les Verts- Aquitaine »... Autrement dit, ces listes devront reproduire l'appellation avec laquelle nous avons gagné aux élections européennes. En ce qui me concerne, c'est le seul type de listes que je soutiendrai pendant la campagne.

Le débat difficile et fondamental sur l'avenir définitif de l'OPNI « Europe Ecologie-les Verts », nous l'aurons après les régionales et longtemps avant la séquence présidentielle- législative de 2012.

Entre-temps, nous avons la responsabilité commune de mener à bien l'aventure des régionales autour de 3 maximes: « Rassembler, ouvrir, se respecter »

Nous serons alors capables de démontrer notre force d'attraction en intégrant sur nos listes des militants de la gauche citoyenne, du PC, du pôle écologiste socialiste ou d'autres socialistes, des militants du MEI, des militants du MODEM, ou, tout simplement, en permettant l'arrivée de personnalités venant du monde associatif et de la société civile.

PS : Je continuerai personnellement à débattre publiquement sur la nécessité de rassembler les oppositions à l'UMP pour permettre l'émergence d'une majorité alternative en 2012. C'est la raison pour laquelle je compte participer à un certain nombre d'initiatives au même titre que les Verts participent, à juste titre, à des initiatives classiques « gauche-plurielle » du PC, du PS ou d'autres formations. A chacun son rôle...

Puis-je ajouter un voeu : Dans tous les cas, soyons nous-mêmes et efforçons-nous d'être clairs et percutants. Honni soit qui mal y pense !

PPS : Nous devons accélérer la publicité autour de l'initiative Copenhague d'« Europe Écologie » du 21 novembre . « Europe Écologie » doit s'imposer au coeur de la mobilisation sur Copenhague et parvenir à faire débattre toutes les forces politiques sans oublier de questionner le gouvernement sur l'état de la préparation de Copenhague. Et si nous réussissons notre pari, ce seront les absents qui auront tort.

A bientôt

Dany Cohn-Bendit
27 octobre 2009


7 commentaires:

  1. Quelle indiscrétion mon ami ,il s'agit d'un message privé!!

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  2. @ Marie :

    Aucune indiscrétion là dedans, Google est votre ami. Je souhaitais simplement enregistrer ce message sur mon blog, rien de plus :)

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  3. Les coups de gueules répétés de Daniel Cohn-Bendit à l'égard des Verts témoignent de la difficulté de changer de logiciel. Le succès de l'Europe écologie aux élections européennes n'est pas le succès des Verts ; il traduit l'espoir porté par Dany Cohn-Bendit de sortir l'écologie politique de l'ornière dans laquelle elle se trouvait en ouvrant les portes vers les non-verts principalement représentés par l'arrivée de quelques responsables associatifs et d’Eva Joly.

    La bataille qui se joue aujourd'hui est celle de transformer cette alliance de circonstance en une nouvelle forme d'action politique dans laquelle d'autres partis politiques que les Verts pourraient trouver leur place. C'est précisément ce que les Verts refusent considérant qu'ils doivent être la seule force organisée au sein du mouvement en formation et par voie de conséquence décider du sort de tous les autres.

    Il va de soi qu'une telle attitude est inacceptable sur la forme comme sur le fond. L'union de tous les écologistes et au-delà de tous ceux qui considèrent que la question de la soutenabilité est la question première qui commande toutes les autres, passe évidemment par une organisation qui respecte tous les participants, faute de quoi Europe écologie se réduira comme une peau de chagrin aux seuls verts et quelques assimilés, qui ne répondront évidemment pas l'immense espoir suscité par les Européennes.

    Mais, il ne s'agit pas seulement de la forme; il s'agit également du fonds. Les Verts, en particulier français, portent une idéologie très marquée à l'extrême gauche, même si le secrétariat général actuel ouvre davantage. Or, la construction d’Europe Ecologie et plus généralement d'un grand mouvement d'écologie politique passe par une synthèse des différentes réponses que les écologistes proposent à l'analyse commune qu'ils font de la situation actuelle. La fermeture , voire le sectarisme dont certains Verts font preuve rend impossible cette réflexion pourtant indispensable.

    Si ce comportement persistait, il rendrait inévitable le maintien du morcellement actuel et les tentatives, difficiles, de transformer des partis traditionnels en partis effectivement porteurs de développement soutenable.

    Le sujet est d’autant plus fondamental que le sujet de la démocratie et des libertés va s’avérer comme le partenaire incontournable du débat écologique. Comment en effet, dans le monde très largement non démocratique et où, dans les démocraties, les tentations autoritaires et de surveillance sont de plus en plus grandes (ce qui n'empêche évidemment pas les mêmes qui veulent plus de surveillance de se battre pour la dérégulation) trouver la voie d'une gouvernance démocratique d'une répartition plus équitable ? Les ponts entre démocratie et écologie doivent plus que jamais être lancés. La biodiversité politique est nécessaire aussi en écologie politique.

    La question du libéralisme économique, de la régulation, de la décentralisation économique et énergétique, de la liberté de circulation de l'information sont des sujets essentiels dans les solutions qui peuvent être mises en place pour répondre aux défis écologiques.

    Pour toutes ces raisons, il est plus que souhaitable que le discours raisonnable Daniel Cohn-Bendit soit entendu des Verts.

    En attendant, il semble qu’une belle occasion de créer une force capable de dynamiser et d’innover soit en passe d’être perdue.

    Corinne Lepage

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  4. ces deux lettres sont intéressantes car elles disent, chacune dans leur genre, le vrai désir de constituer un pôle écologique fort, capable, au-delà des discours, de construire un projet qui réponde vraiment aux crises aigues qui nous attendent si nous jouons les beaux et belles endormis :
    - urgente transformation de nos modes de pensée et d'organisation humaine, nouveaux modèles de production, consommation, temps libres ...
    * du fait des pénuries très prochaines en ressources vitales
    * du fait des graves pollutions de l'eau, de l'air, de la terre
    * du fait du pillage de ressources relevant du "bien mondial" ...
    * du fait des déséquilibres de vie entre les différents continents, catégories sociales ...
    * ... la liste n'est pas exhaustive !
    Evidemment, pour réussir cette étape, il faut se débarasser de nos représentations simplistes et accepter de "prendre le risque de l'autre" en faisant confiance ... Pas simple, hein ?
    Sinon, si chacun reste dans ses cases, d'autres sauront profiter du vide de la non-action, y compris et surtout si leur seul projet est juste de prendre encore et encore, tant qu'il reste quelque chose à capter ... voyez notre système bancaire spéculatif !
    estelle le touzé
    déléguée CAP21 HAUTS DE SEINE

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  5. J'avais beaucoup entendu parler sur ce mail dans les médias, comme si c'était un appel à une alliance EE-Modem-MEI mais en fait pas du tout. La logique de rassemblement reste la même, tant pis ou tant mieux.
    Une chose qui me frappe c'est qu'ils décident d'appeler ce rassemblement "Europe Ecologie - Les Verts - Région". Pourquoi ajouter les verts ? "Europe Ecologie - Région" serait bien plus incohérents, dans le sens ou ils veulent rassembler des verts, des écologistes d'autres partis, des écolo associatifs... Maintenant, on a l'impression (et pas que à cause du nom) qu'il s'agit des Verts mais qu'ils font un petit casting pour trouver de nouvelles figures.
    J'ajouterais juste concernant les liens EE-Modem, que cette volonté de non-alliance c'est pour moi un cadeau fait aux socialistes, car un rassemblement écolo-démocrate aurait permis d'être à la tête de plusieurs régions. Et on sait (c'est pas Madame Lepage qui me contredira) que les démocrates et les écolos ont pas mal de points de convergences et qu'une synthèse en toute transparence serait possible. Je vous renvois d'ailleurs à l'article sur le site de Marianne qui explique très bien la situation (Comment les Verts tentent d'étouffer le MoDem).

    Cordialement,
    Maxime

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  6. @ Estelle Le Touzé :

    Merci pour votre commentaire. En fait, il me semble que parfois, on assiste à une déformation du triangle du développement durable (social économie environnement). Insidieusement, certains écologistes se focalisent sur sur les questions environnementales comme si tous les problèmes de la société se résumaient à des questions écologiques. Personnellement, cette dérive m'inquiète un peu et j'aimerais qu'on affirme plus souvent la cohérence des 3 dimensions du développement durable. La proposition actuelle de taxe carbone en est un bon exemple car elle est très injuste socialement.
    Concernant les messages de Dany CB et Corinne, j'en ai une interprétation plus prosaique car il y a en background les négociations actuelles sur les alliances possibles aux régionales. Queque chose me dérange quand on en reste à des discours abstraits sur les grands principe (cf message de CL) alors que les réponses concrètes sont loin d'être satisfaisantes (tx carbone) ou posent parfois plus de problèmes qu'elles n'apportent de solution (prime à la casse, bonus malus ecologique...)

    @ Maxime :

    Tout à fait d'accord avec toi sur le lien EE - Les Verts martelé par DCB... Une façon de dire que ce sont bien les Verts qui empêchent toute alliance de 1er tour... Et quand on voit les tentatives de débauchage dans les coulisses, on se dit que les Verts n'ont rien à envier aux méthodes de débauchage de N Sarkozy ! Dans ce panier de crabes, j'espère que Cap 21 ne tardera pas à clarifier sa position...

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  7. Dany est désormais le centre-droite vendable. Sa trajectoire "libertaire" et anti-communiste se poursuit en toute cohérence. Ces slogans, sans risques politiques réels, l'animent toujours, pour la galerie

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/12/15/la-nouvelle-cocaine-du-capitalisme-l%E2%80%99ecologisme/

    et il devient graduellement le BHL de l'euro-parlementarisme. Les ententes écolo-capitalistes s'esquissent déjà...
    Paul Laurendeau

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